
Je suis en train de copier un tableau du Titien, un portrait dont le titre est "l'homme malade". En réalité, il n'a pas l'air si malade que cela...
Peu de couleurs : noir, jaune, blanc, ocre…
Ce portrait est d’une telle simplicité qu’il pourrait être un modèle d’école :
- le visage de l’homme (jeune et barbu) se trouve à moitié dans l’ombre (d’où la facilité à le reproduire puisqu’il ne présente pas toutes les difficultés de fausse symétrie du visage)
- la coiffure (une sorte de béret) est noire, la barbe noire, légère, les cheveux noirs, font comme un halo de ténèbre autour de ce demi visage qui se détache sur un fond mordoré
- le personnage est beau, mélancolique, il regarde ailleurs ; le buste est habillé d’un vaste col de fourrure (on pourrait poser la main et toucher cette fourrure légère). Entre le col arrondi de la chemise plissée, et la barbe noire, un triangle de chair lumineux appelle un baiser…
C’est beau parce que sobre et très sensuel : la gravité du personnage contraste avec la douceur de la fourrure. La main gantée est posée sur le dos d’un livre debout sur la tranche. A quoi peut bien ressembler cette main que cache le gant ? Et que contient ce livre ?
Je ne « fais » pas l’artiste, je copie des images comme je copie des poèmes (sauf que c’est un peu plus long). Quand je copie un tableau, il me semble que le Maître est penché sur mon épaule, et qu’il s’établit entre nous une sorte de connivence. Il guide mes brosses et mes pinceaux. Il m’éclabousse de ses couleurs, je me baigne dans sa lumière. Chaque fois c’est une véritable histoire d’amour : j’entre dans son univers – un instant, il m’appartient, je suis à lui – un instant… mais pour toujours.
Non je ne fais pas l’artiste : je n’ai aucun talent de création, mais j’ai besoin du génie des autres comme l’air que je respire.
L’art est salvateur : quand on n’a plus rien, on a encore cela qui est l’Essentiel : la folie de ceux qui ont tout donné absolument… En Peinture, en Musique, en Poésie…
eva
baila (copyright France 2008
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