"El Tres de Mayo " de Francisco Goya. (Musée du Prado à Madrid)
Je considère Goya comme le peintre le plus moderne de son époque (1746-1828). Il fut l’un des premiers à oser se libérer de la peinture académique. Bien que peintre de Cour, il refusait de flatter la famille royale, et les peignait dans leur triste réalité, sans les enjoliver. Techniquement Goya brossait ses toiles d’une manière très futuriste, avec un demi siècle d’avance, un peu à la manière des impressionnistes.
J’ai aimé Goya bien avant de voir le « Tres de Mayo ». Mais dès la seconde où je me trouvai devant ce tableau, je sus que je ne pourrais plus l’oublier. Jamais. Admirer Goya, et l’aimer définitivement reste mon credo le plus ancien et le plus sincère dans ma foi en la Peinture.
« El tres de Mayo » n’est pas seulement un plaidoyer contre la guerre, mais demeure une œuvre lumineuse réellement vivante et qui éclaire celui qui le contemple. C’est un tableau de grand format (3.45x 2.66) et le mur qu’il occupe au Musée du Prado vient vers toi, et s’offre à toi en occupant tout l’espace visuel, par sa lumière bien sûr, mais surtout par l’intensité de sa présence.
Cette œuvre magistrale rend hommage aux victimes de la révolte contre l’occupant français en Espagne, relatant la fusillade du 3 mai 1808. Au centre de la composition, un homme en chemise blanche (symbole d’innocence) écarte les bras, comme un crucifié, on lit la terreur sur son visage, ses yeux fixent les fusils des soldats, tueurs anonymes dont on ne distingue pas les visages. Le regard est attiré par la tache lumineuse du martyr habillé de blanc, trapu mais si fragile, et le cœur se serre au spectacle de cette poitrine offerte à l’inexorable et terrible brutalité des armes. Au premier plan, à terre, un camarade baigne dans son sang.
Ce tableau ne peut pas être perçu uniquement comme la relation objective d’un évènement historique tant la charge émotionnelle se fait intense. En cela réside le talent remarquable de Goya : la force de son message, la dynamique de la composition, la violence et l’éclat symbolique des trois couleurs : le blanc pur de la chemise de l’Espagnol, le rouge sang versé, opposés à la masse sombre du groupe des soldats.
El tres de Mayo : le tableau que l’on voit une fois et que l’on n’oublie plus
jamais…
eva baila (copyright France © 2008)